La 4 mars 1764, la marquise de SALVERT (Jeanne Marie de MÉALLET de FARGUES) écrivait de Paris à l'intendant d'Auvergne pour lui communiquer la lettre précédente de M. de FALVELLY "votre subdélégué de Maurs, homme d'esprit et de mérite à qui je m'étais adressée pour avoir une requête pour vous demander le grand chemin d'Aurillac jusqu'au Quercy. Vous verrez qu'il l'a déjà envoyée à Clermont, etc."
Voilà donc deux tracés en présence : 📕 le premier par Roumégoux, La Tronquière et La Capelle-Marival, préconisé par l'ingénieur DIJON ;
📗 Le second demandé par Maurs, par les habitants de cette cité et de ses environs.
A l'appui de ce second tracé, nous trouvons une requête des consuls d'Aurillac, ESQUIROU de Parieu, DUCOS et FONROUGE, qui eux aussi, demandent avec instance à l'Intendant, dans une lettre en date du 24 avril 1764, de faire continuer le chemin d'Aurillac au Quercy, fait jusqu'au Bex, et de la tracer par Maurs et Figeac. "Nous regarderons ce chemin comme un monument éternel de vos bienfaits et de notre reconnaissance", disent les consuls d'Aurillac, dans leur requête.
L'intendant, saisi de ces requêtes demande à M. DIJON, ingénieur de la province, son avis. Le voici :
"Clermont, le 19 juin 1764.
"La partie de chemin à faire en Auvergne depuis la ville d'Aurillac jusqu'à la frontière du Quercy au-dessus de la ville de Maurs, contient six lieues, dont une en partant d'Aurillac jusqu'au Bex est tracée depuis longtemps.
"La continuation de ce chemin depuis le Bex jusqu'à la frontière d'Auvergne, et à celles de Figeac et Cahors en Quercy.
Le soussigné estime qu'il serait utile d'ouvrir ce chemin aussitôt que les fonds des ponts et chaussées seront rétablis.
""DIJON"
La question semblait devoir ainsi définitivement tranchée en faveur de Maurs, lorsqu'un an après, en 1765, l'on vit surgir un troisième projet de tracé pour la route d'Aurillac au Quercy.
📒 Ce nouveau projet passait par Roanne, Marcolès, St-Antoine, St-Constant, Le-Trioulou et Bagnac.
Il évitait donc Maurs
L'idée de ce nouveau tracé avait été suscitée par les habitants de Saint Constant et du Trioulou, qui étaient parvenus à démontrer que le projet par Maurs présentait des difficultés d'exécution considérables. Ils avaient trouvé un appui dans la marquise de Salvert, dont j'ai parlé plus haut.
Cette femme, qui habitait généralement Paris, où elle avait de hautes relations, était naturellement très intéressée à ce que la route d'Aurillac au Quercy traversât ses terres du Trioulou, et après avoir chaudement appuyé au début le projet de tracé de la route de Maurs, elle pétitionna avec encore plus d'ardeur en faveur du nouveau tracé réclamé par Saint-Constant et le Trioulou. Pendant un an elle ne cessa d'intriguer auprès du Directeur de l'Intendant d'Auvergne, pour leur démontrer la supériorité du tracé qui avait ses préférences. Elle accabla littéralement de ses requêtes MM. TRUDAINE et de BALLAINVILLIERS.
M. TRUDAINE prescrivit une enquête à l'Intendant. Celui-ci lui répondit le 24 août 1765 :
" J'ai l'honneur, Monsieur, de vous envoyer un plan et un mémoire qui vous fera connaître les raisons pour lesquelles le chemin d'Aurillac au Quercy par le Bex, Concans, la Ville de Maurs doit être préféré à celuis par St-Constant et le Trioulou. Outre le rapport de l'ingénieur sur cet objet, j'ai consulté des personnes qui connaissent le pays, ainsi que l'intérêt du commerce, et qui m'ont assuré que le chemin le plus droit et le plus aisé était celui par Concans et Maurs. J'ai découvert d'ailleurs que les gens d'affaires de Mme la marquise de Salvert, qui ne prend intérêt au chemin par St-Constant que parce que la terre du Trioulou lui appartient, ont usé de détours et de supercheries.
La lettre ci-jointe de M. de NIOSSEL, d'Aurillac, sur la requête des maires et échevins de cette ville, vous prouveront qu'il n'y a que l'intérêt particulier qui puisse faire employer des moyens si déplacés pour détourner le chemin par Maurs qui est apparemment le plus utile pour le bien du commerce et le passage des troupes. "
Mais d'autres influences reviennent encore à la charge auprès de M. TRUDAINE. Pour avoir l'air de leur donner satisfaction, le Directeur des ponts et chaussées écris encore à l'Intendant d'Auvergne, le 13 octobre 1765 :
" M. le marquis de BOURNAZEL, M. le comte de DURFORT [le compte de Durfort, était sgr de Berbezon, château entre Maurs et Calvinet] et Mme la marquise de Salvert ne cessent de me faire les plus vives représentations au sujet du chemin de l'Auvergne au Quercy. Ils persistent à soutenir qu'il serait beaucoup moins coûteux et beaucoup plus avantageux au public de le diriger par Roanne, Marcolès, St-Antoine, St-Constant et le Trioulou, que par Maurs. Je vous prie de faire vérifier de nouveau le côté qui sera le plus avantageux... "
Mais si de hautes influences tâchaient de faire détourner de Maurs le tracé de la route projetée, d'autres non moins puissantes s'employaient au contraire en faveur de cette ville. Parmi ces dernières on peut citer la marquise de LIGNERAC [la marquise de Lignerac était la belle soeur de M. de Turenne d'Aynac, sgr de Montmurat] et surtout le Vicomte de PEYRONNENC. Ce dernier était propriétaire à Maurs d'une maison et de plusieurs domaines. Très influent auprès de l'Intendant par la suite de sa situation d'inspecteur des haras d'Auvergne et de son titre de lieutenant des maréchaux de France, il sut convaincre M. de BALLAINVILLIERS que le tracé par Maurs répondait vraiment mieux que tout autre à l'intérêt général de l'élection d'Aurillac, et l'Intendant d'Auvergne fut par lui définitivement conquis.
Le 26 octobre 1765, M. de BALLAINVILLIERS adressa à M. TRUDAINE une dernière réponse dans laquelle il lui disait qu'à la suite d'une nouvelle enquête, il maintenait énergiquement sa décision qu'il avait transmise par lettre du 24 août, savoir que le tracé par Maurs était le plus avantageux au commerce et à l'intérêt général tant de l'Auvergne que du Quercy, et lui conseillait de ne plus d'arrêter aux interminables lettres et mémoires de la marquise de Salvert, "la femme de Paris la plus intrigante et la plus attachée à ses intérêts" Le Ministre écouta les conseil de l'Intendant.
C'était donc le projet par Maurs qui triomphait et qui, en effet, quelques années après, fut mis à exécution.
Louis JALENQUES
Source : La Liberté du Cantal du 23/04/1913 + Archives Départementales du Cantal + Cartes Cassini + Géoportail
/image%2F0734422%2F20250813%2Fob_a5a745_copie-de-logo-maou-la-poulido.png)
![[Écho d'Antan] - Les Routes d'Aurillac au Quercy au XVIIIe & au XIXe siècles](https://image.over-blog.com/5tjLdccLYW8vAC3kNfZEOy3Baxc=/filters:no_upscale()/image%2F0734422%2F20240513%2Fob_c2b0bc_tracer-dijon-1764.jpg)
![[Écho d'Antan] - Les Routes d'Aurillac au Quercy au XVIIIe & au XIXe siècles](https://image.over-blog.com/kHy6JH_lepijX4SWrFJ1ydS9-V8=/filters:no_upscale()/image%2F0734422%2F20240513%2Fob_285f2d_tracer-royal-1765.jpg)
![[Écho d'Antan] - Les Routes d'Aurillac au Quercy au XVIIIe & au XIXe siècles](https://image.over-blog.com/ql7AgqCXEJBJml4cxRjPwHooh9s=/filters:no_upscale()/image%2F0734422%2F20240513%2Fob_765851_tracer-royal-1765-2.jpg)
![[Écho d'Antan] - Les Routes d'Aurillac au Quercy au XVIIIe & au XIXe siècles](https://image.over-blog.com/QcnugTrEP7aHjFO5zevBTATyfb0=/filters:no_upscale()/image%2F0734422%2F20240513%2Fob_84f8c7_tracer-salvert-1765.jpg)
Commenter cet article